En novembre dernier, Philosophie magazine est venu nous interviewer sur notre expérience de déscolarisation.  L’entretien avec son rédacteur en chef, Martin Legros, a duré plusieurs heures et a donné lieu a un débat très intéressant, qui nous a d’ailleurs beaucoup fait avancer dans nos réflexions.

Et voilà, l’article est paru aujourd’hui!

Évidemment, c’est un peu frustrant de voir toute cette discussion résumée en seulement deux pages.  On a tellement de choses à dire…

C’est pourquoi nous avions envie de revenir sur l’opinion de Jean-Pierre Dupuy à la fin de l’article, afin d’enrichir encore un peu le débat. Dans cette opinion, il soulève les questions suivantes :

  1. Ivan Illich n’a pas défendu une société sans école;
  2. Les apprentissages formels sont aussi essentiels que les apprentissages autonomes;
  3. Le confinement dans la famille est un risque de la déscolarisation.

1. La société sans école

Sur ce premier point, nous sommes d’accord 🙂 Nous ne défendons pas non plus une société totalement sans école.  Nous avons choisi la déscolarisation parce qu’elle nous semblait adaptée dans notre cas, mais elle ne l’est pas nécessairement dans tous les cas.

C’est ça la liberté d’enseignement consacrée par la Constitution belge, chacun est libre de choisir le mode d’enseignement le plus adapté à sa situation.

Ivan Illich est un auteur très intéressant et enrichissant, que ce soit dans le cadre de l’instruction en famille ou dans celui de l’école.

2. Les apprentissages autonomes

Pour nous, les apprentissages autonomes veulent dire que nous partons des situations concrètes qui se présentent (faire un gâteau, voir des têtards,…) ou des interrogations des enfants (par exemple sur les élections en France, etc.).  Et si cela mène a des apprentissages qui ne peuvent qu’être formels (par exemple certaines règles de grammaire ou mathématiques), on se procure les ressources nécessaires (livre, internet, …).  Parfois, cela concerne des matières que nous ne connaissons pas; nous cherchons alors des personnes qui ont l’expertise nécessaire.

C’est notre manière de fonctionner, mais chaque famille qui pratique la déscolarisation utilise la manière qui lui convient le mieux : cours par correspondance, apprentissages totalement autonomes,…

3. Le « confinement »

C’est un des enjeux lorsque l’on pratique l’instruction en famille.  Nous pensons comme Jean-Pierre Dupuy qu’il est important que les enfants puissent avoir suffisamment d’interactions en dehors de la famille.  Chez nous, cela se traduit par un prof de musique, des cours d’escalade, les beaux-arts, les mouvements de jeunesse, la participation à des activités telles que le printemps des sciences à Louvain-la-Neuve, les rencontres avec les amis (déscolarisés ou non) à la maison ou chez eux, … Il ne se passe pas une journée sans qu’ils aient d’interactions extérieures.

Nous dirions donc que, certes nos enfants passent moins d’heures en présence d’autres enfants que ceux qui vont à l’école, mais le temps que nos enfants passent avec d’autres personnes, enfants ou adultes, nous semble très qualitatif, car ce sont toujours des personnes qu’ils ont choisies, qui leur apportent quelque chose.


En conclusion, cette interview permet d’ouvrir un débat très intéressant, que nous nous réjouissons de poursuivre avec touts ceux que ça intéresse!  Nous remercions vivement Martin Legros d’avoir permis cela.