La semaine passée, nous avons eu le plaisir de passer l’après-midi avec Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, pour un article à paraître  prochainement.  L’article se veut un portrait de notre famille et une fenêtre sur notre choix d’instruction en famille.

Au cours de cette très intéressante discussion, nous avons abordé de nombreux thèmes autour de la déscolarisation.  Martin nous posant notamment des questions sur l’origine de notre choix, sur les aspects pratiques ou encore sur notre évaluation de la situation après quelques mois d’expérience.

Je ne manquerai pas de vous signaler quand cet article paraîtra pour que vous puissiez vous faire votre propre opinion. 🙂

Par ailleurs, de manière assez naturelle, certaines questions de Martin m’ont poussé à explorer plus avant une dimension plus philosophique (qui l’eut cru?) du choix que nous avons posé.

Une de ces questions concerne la valeur intrinsèque de certains savoirs.

N’est-il pas correct de penser que certaines matières enseignées à l’école ont une valeur en soi, indépendamment du goût de l’apprenant ou de l’utilité éventuelle de cette matière pour ce dernier?

Martin me faisait part d’une vision selon laquelle l’Histoire (par exemple) présentait une importance en soi, que l’on veuille l’apprendre ou non.  Prenant son exemple pour illustrer le fait qu’il n’a saisi que sur le tard toute la valeur de cette matière.

De mon côté, j’aurai plutôt tendance à dire qu’une matière n’a que la valeur que son public lui attribue.  Et par extension, elle perd toute valeur si personne ne s’y intéresse.  Cette réflexion vaut d’ailleurs pour d’autres domaines comme l’art.  Cela me rappelle également cette question amusante et néanmoins troublante que certains d’entre vous connaissent peut-être déjà : « Est-ce qu’un arbre qui tombe dans la forêt fait du bruit si personne n’est là pour l’entendre? » 😉

J’ai défendu le fait que la prétendue valeur intrinsèque attribuée à l’Histoire n’était que le reflet de l’importance que lui-même donnait à l’histoire, avec peut-être une volonté (consciente ou non) d’universalité.

En y repensant, je me demande si nous n’étions pas simplement sur deux niveaux différents.  Je me suis plutôt positionné du point de vue de l’individu là où l’argumentation de Martin me semble plus tenir de l’Humanité en tant que telle.  On pourrait imaginer que l’Humanité dans son ensemble, en tant que groupe d’individus inscrits dans une temporalité, ait un intérêt particulier à ce que ces membres se remémorent et transmettent l’Histoire.  Un peu de la manière dont s’inscrivent certaines évolutions dans notre ADN?

La question continue de faire son chemin car elle conditionne grandement la manière dont nous mettons en pratique l’éducation de nos enfants.  Doit-on les laisser complètement libres dans leurs apprentissages ou est-il préférable de leur « imposer » un certain cursus dont nous avons déjà jaugé la valeur en tant qu’adulte et dont ils prendront la mesure si pas aujourd’hui, demain?

L’institution scolaire a déjà pour vocation d’établir une liste de savoirs propres à préparer les citoyens de demain.  Est-ce une bonne chose?  Le fait-elle de la meilleure manière qui soit?  Je parle de l’adaptation au monde de demain dans cet article.

Belle piste de réflexion en tout cas!


Photo de Philippe Rouzet