Les enfants ont une capacité formidable qui surprend et peut parfois déstabiliser les adultes : ils expriment leur émotions !  Parfois de manière violente, agaçante ou déplacée, parfois de manière plus discrète, profonde et intime.

Dans une société qui véhicule encore trop souvent qu’un garçon ne pleure pas ou qu’une fille doit sourire et ne peut se mettre en colère, comment pouvons-nous, devons-nous, apprendre de nos enfants comment exprimer nos émotions et accueillir celles des autres ?

Nous nous sommes initiés à l’écoute active et à la Communication Non Violente avec nos enfants à travers trois ouvrages principaux :

Comme je l’ai expliqué en relatant ma mésaventure à la piscine, un des grands principes de la CNV consiste à faire la part des choses entre les émotions ressenties et les comportements adoptés.  Nous ne sommes pas responsables des émotions qui nous traversent, nous le sommes par contre complètement des comportements que nous avons en conséquence à ces émotions.

C’est le message que nous donnons à nos enfants (et à nous-mêmes par la même occasion) : « Tu as le droit d’etre en colère, triste, apeuré ou joyeux » 

Et, pour peu que le comportement observé soit inadéquat : « Par contre, je n’accepte pas que tu manifeste ta colère en cassant toute la vaisselle » (ceci est un exemple non contractuel) 🙂

On en peut pas interdire à quelqu’un de ressentir une émotion.  Ce serait semblable au fait de lui dire « N’aie pas mal » tout en lui écrasant le pied…

Pour désamorcer les comportements inacceptables, la procédure consiste donc à reconnaître, accepter et accompagner l’émotion de nos enfants.

Reconnaître

Cette étape est importante pour aider vos enfants à développer leur vocabulaire émotionnel et à savoir eux-mêmes ressentir ce qui se passe à l’intérieur.  On peut simplement utiliser des phrases comme « Je vois que tu es en colère » ou « Il me semble que tu es triste, c’est bien ça? » pour tenter de cerner ce qui anime votre enfant à ce moment.

Ensuite, laissez-lui du temps pour exprimer ce qui a généré cette émotion.  C’est la clef de l’écoute active.  Ne succomber pas à la tentation de proposer des solutions pratiques à son problème, il a besoin de faire sortir son émotion, laissez-lui le temps et l’espace pour le faire.

Accueillir

En lui laissant du temps et de l’espace pour exprimer (ou pas, c’est son choix) son émotion et les causes de celle-ci, vous accueillez cette émotion et votre enfant se sentira en sécurité pour pouvoir l’exprimer cette fois-ci et les fois suivantes.  C’est aussi rassurant pour lui de recevoir la permission d’avoir cette émotion et de l’exprimer. « Tu as le droit de te sentir… »

A contrario, en le bombardant de solutions ou de phrases telles que « Ce n’est pas grave »« Ne pleure pas » ou « Pas besoin de se mettre en colère », votre enfant peut avoir l’impression que vous n’acceptez pas qu’il puisse avoir des émotions.  Il risque alors de développer une tendance à les intérioriser et à se ronger de l’intérieur.  Aidez-le à faire sortir tout ça!

Accompagner

Certaines émotions fortes comme les peurs nocturnes ou les vives colères peuvent avoir besoin d’être accompagnées pour pouvoir laisser vos enfants tranquilles.

Dans cette optique, il est bon de se rappeler que les enfants sont en général très bons clients pour tout ce qui est symbolique.  Voici donc quelques trucs testés et approuvés pour gérer certaines émotions.

La peur

Pendant quelques temps, notre fille avait des difficultés à trouver le sommeil et était sujette à diverses peurs au moment de se mettre au lit.  Nous avons essayé avec succès deux techniques.

La première s’appelle la boîte à peurs.  Il s’agit tout simplement d’une boîte dans laquelle symboliquement l’enfant peut déposer ses peurs.  Ensuite on ferme la boîte et (dans notre cas) on va jeter les peurs dehors.

La seconde a consisté à lui demander de dessiner ses peurs pour ensuite les faire brûler dans le poêle.  Il n’était même pas besoin qu’elle nous montre les dessins, le simple fait de les faire sortir et de les faire disparaître symboliquement suffisait à l’apaiser.

La tristesse

Pour la tristesse, outre le dessin qui s’avère souvent une bonne approche, nous essayons surtout d’être présents et à l’écoute.  La tristesse peut prendre du temps à sortir, il est donc important d’être patient et silencieux, ne pas presser vos enfants pour se débarrasser vite fait de cette tristesse qui est parfois si désarmante pour les parents.

Juste écouter, souvent ça suffit.

La colère

La colère, c’est plus physique, c’est de l’énergie à l’état pur !  Difficile donc de proposer quelque chose de symbolique au moment précis de la colère.  L’idéal est donc de définir ensemble de manière anticipée quels comportements sont idoines et lesquels ne le sont pas pour exprimer sa colère.

Certains moyens détournés peuvent être très efficaces, à vous de trouver avec vos enfants quels sont ceux qui les défoulent le plus :

  • Crier ou taper dans un coussin
  • Dessiner de manière rageuse et désordonnée
  • Déchirer ou détruire quelque chose en papier, en tissu, en bois
  • Taper dans un punching ball
  • Parler (plutôt après)

On oublie aussi souvent que la colère masque souvent une autre émotion (tristesse ou peur).  Une fois la première retombée, il peut être très intéressant de pouvoir identifier ensemble la source réelle de cette colère.

Mais, et moi ?

Tous ces bons conseils pour aider nos enfants avec leurs émotions valent aussi pour les adultes que nous sommes.  Même si nous avons surtout appris à garder nos émotions pour nous, il n’est jamais trop tard pour suivre la même procédure quand on se sent submergé par une émotion.  Reconnaître, Accueillir et Accompagner.  C’est l’enfant en vous que vous aiderez.


Photo de Nathan