Tout n’est pas beau et rempli de joie sur le chemin de la déscolarisation.  Comme je l’avais évoqué dans cet article, voici sans plus attendre les principaux obstacles et difficultés quotidiennes qui peuvent nous dissuader d’opérer ce choix de vie.

1. La pression sociale

Sans grande surprise, la difficulté majeure rencontrée par les familles opérant le choix de déscolariser leurs enfants est d’affronter le regard des autres.  La famille, l’entourage et même la société acceptent difficilement cette philosophie de vie à la marge.

Les études et les témoignages concordent pour exprimer le fait que ce choix fait souvent l’objet de critiques parfois acerbes.  Il convient donc de s’y préparer.  Beaucoup de familles se sentent en permanence obligées de justifier leur choix.  Je reviens sur les différents types de réaction dans cet article.

Comme n’importe quelle autre activité qui va à l’encontre du courant majeur, la déscolarisation pourra être au mieux vue comme une excentricité, mais parfois comme une menace par ceux qui sont incapables d’accepter que des parents ordinaires réussissent là où des professionnels formés échouent souvent. (Isabel Shaw)

En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce préjugé négatif est malheureusement encore d’actualité auprès du législateur et des institutions officielles.  On peut par exemple regretter la conclusion assez piquante de Cécile Van Honsté dans son étude commanditée par la FAPEO :

Dans le discours de ces parents IEF, nous avons surtout retrouvé une vision très individualiste de l’enseignement : il aurait fallu une école adaptée à leur enfant ou plutôt conforme au projet éducatif idéal qu’ils avaient pour leur enfant. Ces parents n’enseignent qu’à leur propre enfant, ils recherchent un environnement d’apprentissage parfait pour lui…  Ce mode d’instruction individualiste existe finalement en marge des valeurs de collectivité, de partage et d’égalité…

Il nous parait plus judicieux de fournir à ces familles un support efficace plutôt que de les taxer d’individualisme ou de les empêcher purement et simplement d’opérer ce choix.  Au même titre que les enfants précoces sont des sentinelles embarrassantes, ne faut-il pas considérer ces familles comme des sentinelles qui nous préviennent du déclin d’un système obsolète ?  La question est ouverte.

2. Héritage culturel/éducatif

Un deuxième point qui peut paraître surprenant concerne la capacité des parents à se défaire du bagage culturel et éducatif qu’ils ont reçu.  Ils n’ont en effet pas forcément vécu une enfance déscolarisée et ont donc été baignés dans le système scolaire et professionnel normatif tel que le décrit Ken Robinson dans l’Élément.

La peur que leur(s) enfant(s) ne soient pas à niveau peut amener certains parents à commencer à essayer de diriger et contrôler l’apprentissage de leurs enfants, ce qui ruinerait l’approche de la déscolarisation.

Nous voyons donc que le choix de la déscolarisation implique de la part des parents une forte confiance en soi et dans les capacités de leurs enfants à trouver leur voie.

3. Aspects pratiques

Supprimer de l’horaire des enfants entre trente et quarante heures par semaine implique un fort investissement temporel de la part des parents.  Même si cette difficulté n’est pas majeure, elle ne doit néanmoins pas être sous-estimée.

Cette philosophie de vie implique très souvent qu’au moins un des deux parents mette sa carrière entre parenthèses.  La famille doit dès lors s’adapter à un train de vie différent.  Il est cependant à noter que la déscolarisation présente un coût largement inférieur à la scolarisation et que le niveau de vie ou d’études des familles qui déscolarisent leurs enfants n’a que peu ou pas d’impact sur les résultats de leurs enfants aux tests normalisés.  Les résultats de cette étude en attestent.

L’agenda doit également être pensé pour offrir aux enfants des occasions de socialisation et de nouvelles expériences mais aussi pour permettre aux parents de souffler et d’avoir des activités adultes only.

Avec la croissance du nombre de familles opérant ce choix, nous voyons apparaître plusieurs groupements et associations, régionales, nationales et internationales qui permettent aux familles de se retrouver, d’organiser des activités, de trouver du support.

4. Socialisation

La socialisation est sans conteste la première question qui est posée lorsque la déscolarisation est évoquée.  Contrairement à l’idée reçue que l’école serait le lieu idéal pour la socialisation, les études et les témoignages disent le contraire.

Comme le souligne Ken Robinson, l’école est tout sauf le reflet de la vraie vie.  Se retrouver enfermé une bonne partie de la journée, cinq jours par semaine, pendant plusieurs années avec les mêmes personnes du même âge n’est pas naturel et ne prépare pas adéquatement à la vie en société.

Les difficultés que rencontrent certains enfants déscolarisés concerne principalement le fait de se créer des occasions de rencontrer des personnes.  Vivant à la marge, il est parfois difficile d’avoir des activités de groupe pendant les heures d’école.

Avec un peu d’imagination et de bonne volonté, le fait de rencontrer des personnes de tous âges et de tous horizons constitue une réelle opportunité d’épanouissement, d’ouverture et de gain de confiance en soi.

5. Légal

Les contraintes légales varient fortement d’un pays à l’autre.  En Fédération Wallonie-Bruxelles, le cadre est assez restrictif avec une inspection tous les deux ans et l’obligation de scolariser à nouveau son enfant s’il échoue deux fois aux tests.

Nous pourrions croire que ces tests constituent un frein et un facteur de stress supplémentaire mais l’étude de Ray tend à prouver que l’impact des contraintes légales est marginal sur les performances des enfants.

Il convient néanmoins de se préparer à passer ces tests et d’en informer au plus tôt les enfants pour que cela ne génère pas d’anxiété.  Lors d’une entrevue sur le sujet, Thierry Pardo, l’auteur de Une éducation sans école, avisait notamment d’appréhender la visite de l’inspecteur avec sérénité en expliquant notamment que si trop d’emphase était mise sur l’importance du résultat et si l’inspecteur était reçu dans une atmosphère de méfiance, la probabilité était grande de trouver l’échec à l’arrivée.

Partons donc d’un a-priori positif sur la volonté de la Fédération Wallonie-Bruxelles et des inspecteurs de l’éducation de soutenir les familles et les enfants plutôt que de chercher à les piéger.