…l’on prenne une autre route qu’eux. – Georges Brassens « La mauvaise réputation »

Une des principales difficultés dans le fait d’emprunter une voie peu commune est de faire face aux questions et au regard de notre entourage.  Cette difficulté est illustrée par le témoignage de la fille aînée d’une famille interrogée dans l’article suivant :

« Je le confirme, c’est parfois difficile d’être jugé en permanence, d’avoir des questions que les gens posent et, en fait, quand tu réponds tu te rends compte qu’ils n’écoutent pas vraiment. Tu sens bien qu’ils ne sont pas ouverts. C’est parfois une raison pour laquelle je me dis  » ben tiens, l’école, est-ce que si je fais comme tout le monde on va arrêter de me poser des questions « . Ce n’est pas facile de devoir expliquer à dix personnes différentes chaque fois le projet, surtout que ça ne se résume pas en quelques phrases. »

Brassens le dit très simplement dans sa chanson, emprunter une chemin qui ne mène pas à Rome peut engendrer un réel malaise chez la plupart des gens.  Ils s’attendent sans surprise à ce que nous nous comportions de la même manière que leurs voisins, leur famille, leurs amis et eux-mêmes.  La différence leur fait peur.  Question de repères partagés évidemment.  Le sempiternel « et il rentre en quelle année? » risque de tomber un peu à plat…

Mais n’allons pas trop vite en besogne et ne faisons pas un mauvais procès.  En réalité, les réactions de l’entourage proche et moins proche sont diverses.  Je les divise en trois catégories :

La réaction négative

Dans la panoplie des réactions négatives, nous retrouvons le jugement et l’agressivité par rapport à la liberté qu’exprime ce choix.  Certaines personnes se transforment soudainement en conseiller pédagogique et assènent des vérités qui sentent bon le lieu commun, promettant un avenir très sombre à ces pauvres enfants déscolarisés.

Une autre forme de réaction négative est le rejet pur et simple.  De manière polie ou carrément brutale, certains vont se retourner, faire quelques pas, fermer la porte et ne plus jamais l’ouvrir.  Comme si la proximité d’une famille hors-norme pouvait être dommageable ou pire, contagieuse.

Une dernière manifestation plus légère s’apparente à du déni.  Le sujet sera évoqué une seule fois puis soigneusement évité dans les interactions suivantes.  Pas forcément si négative que ça, ce pourrait même être considéré comme de la politesse de ne pas parler de sujets sensibles comme la religion ou la politique.  Ce qui nous amène à …

La réaction neutre

Je mets dans ce groupe les réactions de surprise, de curiosité, d’incompréhension.  Il n’y a pas forcément d’adhésion au projet mais pas non plus de jugement à l’emporte-pièce.  Nous sommes alors dans la configuration idéale pour avoir une discussion constructive et un enrichissement réciproque.  Principalement si la curiosité est présente, le flot de questions permet d’affiner sa position, de se remettre en question et de trouver des solutions à certains problèmes très concrets.

L’autre réaction neutre est une forme d’indifférence.  Ce n’est pas du déni dans la mesure où le sujet ne fera pas de vague s’il émerge mais l’intérêt est très relatif par rapport à l’éducation.  Classiquement, les personnes sans enfants peuvent manifester ce genre de réaction.

La réaction positive

Certaines familles qui n’ont pas l’énergie et/ou pas les moyens de se lancer dans cette aventure vont parfois manifester une réelle admiration envers ce choix de vie.  Quand c’est sincère, ça peut faire chaud au cœur.

D’autres, en questionnement mais pas encore décidés, vont manifester un grand intérêt.  Ils seront très heureux de pouvoir partager l’expérience avec nous, de poser des questions, d’échanger sur leur cheminement.

Et enfin, antithèse du rejet, même s’ils n’empruntent pas la même voie et ne le feront sans doute pas, d’autres encore donnent leur soutien plein et entier.  Force est de reconnaître que dans notre cas, j’ai été agréablement surpris du grand nombre de réactions positives. 🙂


A noter qu’on peut retrouver des réactions de chaque type tant dans la population scolarisée que déscolarisée.  Il est surprenant de constater que certaines familles déscolarisées ont abandonné un dogme pour un autre et sont parfois encore plus butées que les adversaires les plus coriaces de l’unschooling.  Ce qui revient bien à dire qu’il s’agit avant tout de faire preuve d’ouverture plutôt que de juger trop rapidement le comportement de l’autre.

 

Je voudrais terminer en ajoutant que la difficulté exposée dans cet article, la peur du regard des autres, trouve souvent son origine avant tout en nous-mêmes.  En préjugeant de la réaction de notre entourage, on peut très aisément adopter des comportements qui vont naturellement et de manière auto-prophétique induire cette dernière.  Pour n’en citer que quelques-uns :

  • Se sentir obliger de se justifier
  • Être sur la défensive
  • Tenir des propos vindicatifs envers l’école

Avoir confiance en ses choix et respecter celui des autres peut grandement aider pour faire face aux multiples réactions positives comme négatives.