Sans cadre scolaire au sens le plus communément admis, les enfants sont-ils laissés à eux-mêmes dans une anarchie déstructurante pour leur développement?

C’est en tout cas le genre de réactions que j’ai pu glaner ça et là sur les réseaux sociaux suite à la publication dans le Vif d’un article sur l’ouverture à Genval de l’Ecole Autonome.

Je me permets de mettre mon grain de sel pour deux raisons.

Premièrement, j’ai eu le plaisir de rencontrer les fondateurs de l’école en question et partage en grande partie leur vision des apprentissages (tout est dans le nom de l’école ;-).

Deuxièmement, je voudrais couper court à une idée reçue qui a la vie dure et qui vaut autant pour les écoles de type Sudbury que pour la déscolarisation.

Certaines personnes ont tendance à croire que le fait de donner aux enfants la liberté dans leurs apprentissages signifie qu’ils sont dès lors privés de tout cadre, abandonnés sans grille de lecture dans un monde compliqué aux codes multiples et aux règles absconses.  Ils ne peuvent dès lors que devenir des jeunes sans repère et sans valeur.

Il me semble donc utile de préciser qu’un apprentissage autonome n’est pas synonyme de liberté totale.  Les parents sont évidemment garant d’un cadre propice aux apprentissages mais sont également les personnes clefs qui donnent à leurs enfants les moyens d’entrer dans la civilisation.  Ces moyens incluent notamment les règles de base de vie en société.  Et c’est bien ce que précise l’Ecole Autonome sur son site : Liberté ≠ Licence.

Ce qui est parfois mal compris, et peut-être mal perçu, c’est que l’enfant regagne de la considération en tant qu’individu.  Il est impliqué et responsable de ses apprentissages mais également de ses interactions avec et dans le groupe.  Il est de facto plus libre.  Cette responsabilisation de l’enfant ne va pas sans un lâcher prise et donc une relative perte de contrôle de la part des adultes qui les encadrent (parents, enseignants ou autres).  Et c’est peut-être cette perte de contrôle qui fait peur…

Serait-il possible que les personnes qui critiquent aussi vertement ces approches pédagogiques soient les mêmes qui demandent à l’institution scolaire de remplir le rôle d’autorité et de maintien des règles qui fait parfois défaut à la maison?  Est-ce que certains de ces détracteurs, qui pointent du doigt le laxisme d’un tel système, auraient quelques difficultés avec un enfant devenu tyran?  L’on peut se poser la question.

Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé déplacé de taxer un modèle d’école qui a fait ses preuves d’anarchie complète ou encore de piège à bobos sous prétexte que c’est une approche qui sort des sentiers battus.

Je souhaite à l’Ecole Autonome, son équipe et ses élèves, beaucoup de réussite et de bonheur et suivrai de près l’évolution de leur projet.


A noter que s’il n’est pas pris de manière péjorative, le terme anarchie est peut-être applicable au modèle Sudbury finalement :

L’anarchie (du grec ἀναρχία / anarkhia, composé de an, préfixe privatif : absence de, et arkhê, hiérarchie, commandement) désigne l’état d’un milieu social sans gouvernement[1], la situation d’une société où il n’existe pas de chef, pas d’autorité unique, autrement dit où chaque sujet ne peut prétendre à un pouvoir sur l’autre.