Depuis plusieurs mois, à travers nos lectures et nos rencontres, l’idée a fait son chemin de ne plus scolariser nos enfants (6 et 8 ans) à la prochaine rentrée.  Cette décision a été prise et partagée avec nos enfants.

Comme la simple évocation de cette idée provoque souvent un débat enflammé, je voudrais reprendre ici les raisons principales qui nous ont poussés à vouloir emprunter un chemin différent pour l’éducation de nos têtes blondes (littéralement pour le coup).

Il s’agit évidemment de raisons qui nous sont propres et ne constitue en aucun cas une vision générale de l’enseignement.

1. Ouverture et confiance en soi

La principale raison pour laquelle nous avons choisi cette voie est une volonté d’offrir à nos enfants une ouverture sur le monde la plus vaste possible.  A travers la déscolarisation, nous espérons pouvoir leur faire vivre des expériences multiples, construire des projets, poursuivre leurs passions et faire des rencontres enrichissantes, dans le monde réel.

La déscolarisation implique de la part des parents que nous sommes une énorme confiance envers nos enfants et leur capacités à apprendre et à s’intéresser.  Par résonance, cette confiance que nous leur faisons ressentir favorisera immanquablement leur propre confiance en eux.  Ils ne vivront pas dans la peur de l’échec mais verront en chaque occasion une source d’apprentissage.  Un documentaire très inspirant (bien qu’assez partisan, il faut le reconnaître) : Être et devenir

2. Motivation

Nous pensons que le train des apprentissages fonctionne mieux lorsque que la locomotive de la motivation se trouve en tête.  Nous avons donc décidé de partir de l’observation de nos enfants et de ce qui les passionne pour fournir les occasions d’acquérir des connaissances.

Vous avez sans doute déjà expérimenté le plaisir d’explorer tous les aspects d’un violon d’Ingres.  C’est bien de cela qu’il s’agit.  A titre d’exemple, plutôt que de déterminer arbitrairement qu’il est important de connaître les notions de mécanique à un âge donné et de chercher à ce que la motivation suive, ces mêmes notions pourront découler naturellement d’une envie de comprendre comment les avions volent ou pourquoi les bateaux sont si lents à manœuvrer.  La locomotive de la motivation est en marche…

3. Créativité

En leur offrant plus de liberté dans le choix de leurs activités, mais aussi en leur ménageant du temps pour s’ennuyer, nous espérons favoriser leur créativité.  La créativité est selon nous une composante essentielle de la confiance en soi et une capacité primordiale pour faire face au monde de demain.

Nous avons notamment été influencés par la lecture de Ken Robinson sur ce sujet.  Vous trouverez ici une conférence TED sur le sujet.

4. Adaptation au monde de demain

L’école se veut le reflet de la société.  Cependant, nous expérimentons tous une accélération des changements sociétaux et technologiques qui sont parfois plus lents à être reproduits dans nos modèles économique, politique et éducatif.  Le film Demain l’illustre assez bien et d’une manière qui se veut porteuse d’espoir.

Nous prenons ici l’hypothèse que les apprentissages autonomes sont plus à même de donner le goût à nos enfants d’apprendre tout au long de leur vie et de ne pas avoir peur de changer de voie et de tenter de nouvelles expériences.

A noter que cette démarche nous remet aussi dans une situation d’apprentissage continue pour pouvoir accompagner adéquatement nos enfants.

Ce point (parmi d’autres) est repris dans cette étude de Grey et Riley (2013).

5. Liens familiaux

En réinvestissant plus fortement notre rôle et notre présence parentale, nous espérons favoriser le contact et la complicité avec nos enfants.  Nous restons bien entendu garants du cadre familial et sociétal mais nous nous déchargeons du rôle parfois plus ingrat de bras armé du système scolaire (horaires, devoirs, etc.).

Vivre plus d’expériences qualitatives en famille nous paraît être une source sans fin d’émerveillement et d’apprentissage.

6. Respect de leur rythme d’apprentissage

Corollaire de la motivation, le rythme d’apprentissage nous semble devoir venir de l’intérieur plutôt que d’être imposé de l’extérieur.  Nous avons la conviction que la majorité des enfants sont curieux et ont envie d’apprendre, il suffit de les laisser faire et de sortir de la vision dichotomique qui sépare jeu et apprentissage.

Dans notre vision des choses, l’apprentissage est continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.  Ils n’auront pas besoin de s’arrêter de jouer pour apprendre.  L’apprentissage est un jeu!

7. Flexibilité

Nous sommes adeptes d’une grande flexibilité dans les différents domaines de notre vie.  Nous pensons qu’être flexible permet de faire plus facilement face aux imprévus, d’être inventif, d’apprécier les avantages de situations nouvelles plutôt que de se figer quand ça ne colle pas à ce qu’on a appris ou au cadre pré-établi.

La déscolarisation nous permet de retrouver une plus grande liberté organisationnelle pour les voyages, les rencontres, les activités.  Nous n’aurons plus à nous calquer au calendrier et aux horaires imposés.


Il va de soi que cette liste est personnelle et non exhaustive.  Elle est malgré tout le fruit de recherches et de nombreuses lectures et nous espérons qu’elle pourra aider certains parents à orienter au mieux leur choix.

D’autres raisons peuvent être à la source de ce choix pour d’autres familles : la violence à l’école, des choix religieux, des difficultés scolaires, une année sabbatique pour voyager.  Je reviendrai sur ces raisons dans un autre article.

Nous sommes résolument orientés vers une approche qui se veut active plutôt que réactive.  Nous étions très contents de l’école dans laquelle nos enfants ont fait leurs premières années et de l’équipe enseignante en place.  Ce n’est donc pas en ce qui nous concerne un mouvement de rejet mais plutôt une projection vers autre chose.

Dans un prochain article, j’exposerai les principaux obstacles qui selon moi se dressent quand on décide de tourner le dos à l’institution scolaire.